Puisque réfléchir, ça ne m'arrive pas
souvent, autant le faire tout haut... Ma réflexion a débuté en lisant l'édito de David Gauduchon dans "Pratique des
Arts" (n°81), et en particulier ce passage : "... l'art repose avant tout sur
des valeurs de liberté, de sincérité et de diversité : étouffer sa richesse, voilà bien l'un des maux dont souffre notre paysage artistique. Ni l'émotion, ni la beauté - valeur ô combien
subjective - ne naissent d'une pensée académique", qu'il dit le monsieur. Soit.
Le débat n'est pas nouveau entre les adeptes du "classicisme" et leurs détracteurs ... et ceux qui s'en foutent !
Ce qui m'étonne ici c'est la définition donnée à l'art, "liberté", "sincérité" et "diversité". De nombreux
peintres comme Michel-Ange dans la Chapelle Sixtine n'ont pas été libre de peindre ce qu'ils voulaient pourtant ce fameux plafond est, il me semble, une oeuvre d'art... Ce même Michel Ange
considérait la peinture comme un art mineur en comparaison de la sculpture et de l'architecture, et c'est sous la contrainte qu'il a peint toutes ses fresques, "sincérité", vous dites ? Quant à
la diversité, elle a ses limites, un paysage reste un paysage, une nature morte reste une nature, seule la manière de l'aborder diffère. Je pense qu'une définition universelle de l'art semble impossible.
Chacun ayant sa propre définition, le consensus est compromis, et comme peu en ont conscience, les conflits apparaissent. Les abstraits qualifiant les figuratifs de peintres
inféconds obligés de plagier les anciens, et les figuratifs qualifiant les abstraits de fous ne sachant pas peindre.
Laissons de coté "les extrémistes" qui pensent que l'art est soit figuratif, soit abstrait, pour réfléchir sur cette définition de l'art.
"Certains peintres transforment le soleil en point jaune; d'autres transforment le point jaune en soleil"; je pense qu'on a ici les deux
principales perceptions actuelles de l'art réunies dans cette phrase de Picasso.
Le concept d'art est relativement récent puisqu'il
remonterait au XVIII ème siècle, avant les peintres et sculpteurs étaient des artisans et ne
signaient que rarement leurs oeuvres... Aujourd'hui, elles sont bien souvent que signées... D'ailleurs, Daniel Jégoù m'a souvent dit : "Avant aux Beaux Arts on apprenait à peindre mais pas à vendre et aujourd'hui ils apprennent à vendre
mais plus à peindre en sortant des Beaux-arts j'ai dû réapprendre au coté d'un maître." Ils ont tellement bien appris à vendre que Picasso a dit :
"on peut écrire et peindre n'importe quoi, puisqu'il y aura toujours des gens pour le comprendre (pour y trouver un
sens)". L'art, s'est donc modifié? Qu'auraient fait Raphael, Vinci, Caravage, Vermeer et les autres en 2008? Des monochromes? Des installations? De la bande
dessinée? Du graphisme?
Le principal argument des adeptes de l'art contemporain c'est que l'art est avant tout une émotion, d'ailleurs, souvent décelable seulement
par une certaine élite; et ils justifient leurs réalisations simplifiées par la spontanéité du geste ou la fameuse "économie de moyen". Je ne suis pas d'accord avec cette vision car si l'on prend
pour base les travaux des "primitifs", travaux qui sont unanimement reconnu comme "art", on s'aperçoit qu'à partir d'une technique frisant l'excellence se déroule une scène à priori simple et
comprise par un large public. Puis quantité de détails, décelable par l'élite, dispersés dans le tableau viennent nuancer l'histoire et parfois la contredire... Evidement cela ne signifie pas que
nous devons peindre comme il y a 400 ans mais suivre le même chemin avec nos yeux de 2008. Une "histoire", comprise de tous, puis quelque chose de plus élitique. On peut imaginer qu'un primitif
aujourd'hui, choisirait peut-être un autre moyen d'expression que l'académisme, mais je le verrai mal vider le contenu d'une poubelle en déclamant "C'est de
l'art !".
Je pense que tous les peintres contemporains se réclament héritiers du classicisme, à ceci près que les abstraits se posent en "rupture", leur beauté et leur émotion naissent donc
bien des primitifs même s'ils recherchent un autre mode d'expression. Les impressionnistes ont créé le mouvement "impressionniste" d'après une éducation artistique classique qu'ils ont extrapolé
à leur manière, mais la base reste le classique.
Ces valeurs de beauté et d'émotion ne sont pas si subjective que ça, c'est seulement une question d'éducation artistique... Tout le monde
aime le plafond de la chapelle Sixtine ou les travaux de Raphaël par contre bien peu comprennent l'art abstrait et ceux qui l'apprécient sont pour la plupart des initiés. Le beau est, je
pense, universel. On vient du monde entier voir la Joconde...
C'est pour ces raisons que je pense que l'art contemporain est une évolution parallèle au même titre que la photographie ou le cinéma et ne peut se substituer aux peintres classiques
d'aujourd'hui. Ces mêmes peintres qui doivent faire évoluer leur métier sur les solides bases des anciens. L'art abstrait et l'art figuratif sont deux arts différents évoluant l'un à coté de
l'autre, avec une évolution différente, un public différent et un objectif différent et ils ne peuvent se substituer l'un à l'autre...
Je laisse le mot de la fin à Salvador Dali, "On comprendra un jour que Raphaël et Vermeer avaient déjà tout découvert en peinture. C'est pourquoi au
lieu de persister fastidieusement à théoriser, pour tenter de redécouvrir la peinture... Peignons !"